Exposition

Neben dem halben kamin
Matthias Ruthenberg


14 janvier
20 février 2021 



ENTRE NOVEMBRE 

« S’il pouvait penser le cœur s’arrêterait. » Fernando Pessoa 

Les néons éclairent un mur blanc et froid. Un mur brutal. Son approche est une injonction à plonger dans la surface lisse, verticale et stérile. C’est un mur qu’on a rendu invisible et qui pourtant remplit sa fonction. Mur traitre. Voir encore de plus près un monde lessivé, un monde si propre qu’on s’y reflète. Le miroir, la caméra, la grille, la case, la norme, le contrôle.

Les démocraties malades ferment les lieux de culture et font taire les poètes.

Une ligne de marbre noir, vestige affleurant, dépasse de la paroi. Elle la traverse comme pour signaler la résistance des lieux face à ce mur dressé, à cette page forcée. Une ligne minérale à la matérialité sensible et tangible qui semble se noyer inexorablement dans la surface éthérée.

Un dessin tout de même, une liste dérisoire de quelques mots, une liste de courses, faite de lettres évidées sur une surface moirée de couleurs chair. Un doute, un message, une affirmation, un manifeste, une alternative. La feuille évidée est faite d’un assemblage de pages d’un passeport, traversé de deux vis.

Le (re)confinement a commencé le dernier jour d’octobre, les frontières sont fermées, une voix dicte les chiffres, donne les ordres, les contrôles cadrent, on se réorganise, on resserre les rangs, garder confiance, il y a du sens, la résistance dans l’atelier, la résistance sensible…

Les murs sont bien réels, ils sont faits de parois et d’ossatures. Ils sont durs et les mots ou les entailles ne suffisent pas à les faire tomber. La poésie est évanescente et pourtant elle inspire des possibles, prend soin des cœurs. L’envers du décor. Prendre le temps de comprendre comment et pourquoi.

Se retrouver, être chez-soi, être avec soi, et cultiver des univers. C’est la maison que l’on cherche. Habiter comme une pratique au quotidien. La chambre noire, l’antichambre, ce sas intérieur à la mélancolie douce et inspirante. Le théâtre des opérations discrètes. 

Ici, la lumière est faible, chaleureuse. Des notes, des voix s’évaporent, nous rassurent et nous disent que c’est normal, que tout va bien. Que la vie est là, tout près, toute prête. On entend des amitiés chuchoter, on entend que le monde est vaste et qu’il n’y a pas de frontières. 

Fall song, Sad poetry, Ironisches heft.

La cheminée coupée en deux est éteinte mais sa présence réchauffe la maison. Le souvenir de l’âtre où disparaissent les secrets et les papiers. Lieu inversé.

Derrière le mur dans l’appartement de Berlin, le poêle absorbait le coke noir et donnait la chaleur.

Des surfaces gravées comme des cris, des affaires courantes, les affres et les leurres. Les jours qui passent. C’est entre les grilles du calendrier qu’il est possible d’augmenter les mois, que l’on parvient à dilater le temps. Un temps nécessaire pour renouer avec les enjeux simples de la vie absorbés dans le tourbillon des protocoles.

Septembre, Octobre, Novembre, Novembre, Novembre…



Curateur de l’exposition François Génot


Galerie





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